Pièces d'or d'Afrique du Sud

La plus grande histoire d'or du monde, la ville née de rien, et la pièce qui fut un jour bannie.

Fresque murale sud-africaine : Paul Kruger barbu, un springbok bondissant, les chevalements des mines du Witwatersrand, un Randlord en haut-de-forme et un train chargé d'or fuyant dans la nuit
Illustration BullionRadar — image générée par IA
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Le saviez-vous ? Près d'une once d'or sur trois jamais extraite du sol terrestre est sortie d'un seul et même endroit : une ride rocheuse au sud de Johannesburg, longue d'une centaine de kilomètres. On l'appelle le Witwatersrand. Aucune région au monde n'a livré autant de métal jaune. Aucune, de loin.

Tout commence un jour de 1886, sur une ferme poussiéreuse du Transvaal, quand un prospecteur tombe par hasard sur un affleurement de roche aurifère. Il n'en mesure pas l'importance : il revend sa concession pour dix livres et s'en va chercher fortune ailleurs. Il venait de passer à côté de la plus grande découverte d'or de tous les temps.

Voici l'histoire de cette terre où l'or a fait jaillir une ville du néant, enrichi une poignée d'aventuriers aux destins de roman, englouti un trésor que l'on cherche encore, et donné naissance à la pièce d'investissement la plus célèbre de la planète — une pièce qui fut, un temps, frappée d'interdiction.

1886 : la ferme qui devint la plus grande mine du monde

En juillet 1886, un prospecteur itinérant venu d'Australie, George Harrison, met au jour le filon principal du Witwatersrand sur la ferme de Langlaagte. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. En quelques mois, des milliers de chercheurs d'or affluent de Californie, d'Australie, de Cornouailles, des quatre coins du monde.

Là où il n'y avait que des fermiers et de la brousse surgit, en moins de quatre ans, une ville entière : Johannesburg. Un campement de tentes en 1886, dix mille âmes l'année suivante, une métropole bouillonnante en 1890. On l'a justement surnommée « la dernière grande ville-champignon du XIXe siècle ». Les Sud-Africains l'appellent encore eGoli — « la ville de l'or ».

Le filon lui-même hérita d'un nom devenu mythique : le Rand, abréviation de Witwatersrand, « la crête des eaux blanches » en afrikaans. Ce mot allait connaître une seconde vie : la monnaie nationale sud-africaine s'appelle aujourd'hui le rand, en hommage à la ride rocheuse qui fit la fortune du pays.

Les Randlords : fortunes colossales, fins funestes

L'or du Rand fit surgir une caste d'hommes que l'on baptisa les Randlords — les « seigneurs du Rand ». Partis de rien, ils accumulèrent des fortunes qui défient l'imagination. Le plus flamboyant d'entre eux fut sans doute Barney Barnato, né Barnett Isaacs dans un taudis de l'East End londonien, fils d'un fripier juif. Avant de devenir magnat, il fut clown de music-hall et boxeur de foire.

En 1895, au sommet de sa gloire, on estimait qu'il gagnait cinq livres par minute de sa journée de travail. Sa rivalité avec un autre colosse, Cecil Rhodes — l'homme qui donna son nom à la Rhodésie —, est restée légendaire. Ensemble, et l'un contre l'autre, ils bâtirent l'empire De Beers du diamant avant de se ruer sur l'or.

Mais l'argent ne fit pas le bonheur de Barnato. En juin 1897, alors qu'il rentrait par bateau vers l'Angleterre, il passa par-dessus le bastingage du paquebot, au large de l'île de Madère, et se noya. Suicide ? Accident ? Meurtre ? L'enquête conclut au suicide en état de démence passagère. Sa famille a toujours refusé cette version.

Le trésor de Kruger, disparu sur les rails

Sur l'avers du Krugerrand figure un visage barbu et sévère : celui de Paul Kruger, dit « Oom Paul » (Oncle Paul), président de la République boer du Transvaal. Cet homme est au cœur de l'un des plus tenaces mystères de trésor de tout le continent africain.

Juin 1900. La guerre des Boers fait rage. L'armée britannique marche sur Pretoria, la capitale. Kruger, vieillissant, donne l'ordre de vider la Monnaie et la Banque nationale. Sous le grondement du canon ennemi, on pèse l'or, on l'enregistre, on l'empile en caisses, on le charge sur un train à destination du Mozambique portugais, vers la côte et la liberté.

Kruger, lui, finit par fuir en Europe à bord d'un navire de guerre néerlandais dépêché par la reine Wilhelmine. Il mourut en exil, en Suisse, en 1904, sans jamais revoir son pays. Et c'est là que l'Histoire bascule dans la légende : une partie de cet or, selon la rumeur, ne serait jamais arrivée à destination.

1967 : la pièce qui mit l'or dans la poche du citoyen ordinaire

Pendant des siècles, posséder de l'or fut un privilège de rois, de banques et d'États. L'Afrique du Sud changea cela d'un seul geste. Le 3 juillet 1967, la Monnaie sud-africaine et la Rand Refinery frappent une pièce d'un genre nouveau, conçue pour une idée révolutionnaire : permettre à n'importe quel particulier de détenir de l'or facilement.

Ce fut la première pièce bullion moderne du monde — l'ancêtre de toutes les autres, du Maple Leaf canadien à l'American Eagle, du Britannia à la Philharmonique. Toutes descendent, d'une manière ou d'une autre, de cette idée sud-africaine de 1967. Le succès fut tel qu'au début des années 1980, le Krugerrand représentait à lui seul plus de neuf pièces d'or d'investissement sur dix vendues dans le monde.

Son nom marie l'homme et la monnaie : « Kruger » pour le président boer de l'avers, « rand » pour la monnaie nationale. Au revers bondit un springbok, la gazelle emblème de l'Afrique du Sud, saisie dans son saut caractéristique. Et le métal lui-même a une particularité que l'œil repère aussitôt : sa teinte chaude, rouge-orangé. On parle volontiers d'« or rouge ». Le secret tient à un soupçon de cuivre mêlé à l'or, exactement comme les vieilles pièces de circulation d'avant 1914 — un alliage qui rend la pièce plus dure, plus résistante aux chocs et aux rayures, taillée pour passer de main en main sans s'abîmer.

La pièce bannie, puis ressuscitée

Aucune autre pièce d'or au monde n'a connu un tel destin politique. Dans les années 1980, le Krugerrand devint le symbole détesté du régime d'apartheid. Et pour cause : les exportations de la pièce rapportaient au gouvernement sud-africain une part énorme de ses devises étrangères. Acheter un Krugerrand, c'était, aux yeux des militants, financer la ségrégation.

Le mouvement anti-apartheid en fit sa cible. On vit fleurir des badges « BOYCOTT » où le « O » du mot saignait sur l'image de la pièce. En octobre 1985, le président américain Ronald Reagan signa un décret interdisant l'importation du Krugerrand aux États-Unis. D'autres pays occidentaux suivirent. Du jour au lendemain, la pièce d'or la plus vendue de la planète devint, sur ses marchés majeurs, une marchandise paria.

L'interdiction eut un effet inattendu : pour combler le vide, les États-Unis créèrent leur propre pièce, l'American Gold Eagle, lancée en 1986 et directement inspirée du Krugerrand. Le banni avait engendré son rival. Puis l'apartheid s'effondra. L'embargo américain fut levé en 1991, et en 1994 l'Afrique du Sud devint une démocratie sous Nelson Mandela. Le Krugerrand revint dans la lumière. Aujourd'hui, il a retrouvé son rang : l'une des pièces d'or les plus échangées et les plus reconnues au monde.

Les pièces d'or sud-africaines à découvrir

Toute cette histoire — la ruée de 1886, les Randlords, l'or disparu de Kruger, le boycott et la résurrection — tient aujourd'hui dans une seule pièce que vous pouvez glisser au creux de votre main. Pour ses caractéristiques précises et la comparaison des prix, sa fiche vous attend ; ici, on vous donne surtout une bonne raison de la regarder autrement.

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Sources