Pièces d'or d'Australie

De la plus grosse pépite du monde au kangourou de la Perth Mint : la démesure dorée des antipodes.

Fresque murale australienne : deux mineurs cornouaillais brandissant une pépite géante, le drapeau de la Croix du Sud d'Eureka, un kangourou roux bondissant et la pièce d'or d'une tonne de la Perth Mint
Illustration BullionRadar — image générée par IA
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Le 5 février 1869, deux mineurs cornouaillais grattent la terre au pied d'un arbre, près du minuscule hameau de Moliagul, dans l'État de Victoria. Trois centimètres sous la surface, leur pioche heurte quelque chose de dur. John Deason essaie de soulever l'objet ; le manche de sa pioche se brise. Il faut une barre à mine pour l'extraire.

Ce qu'ils sortent de terre ce jour-là n'est pas un caillou. C'est la plus grosse pépite d'or jamais trouvée sur Terre — un bloc de plus de cent kilos avant nettoyage. Et quand ils l'apportent à la banque du village voisin, surgit un problème inattendu : la pépite est trop grosse pour la balance. Il faut la briser sur une enclume pour pouvoir la peser.

Voilà l'Australie de l'or en une scène : la démesure. C'est le pays des pépites géantes, d'une ruée qui vida les villes en quelques semaines, d'une rébellion de mineurs devenue mythe fondateur, et d'une monnaie qui a poussé la folie des grandeurs jusqu'à frapper une pièce d'or… d'une tonne. Quand vous tenez un kangourou d'or de la Perth Mint dans votre main, vous tenez un fragment de cette saga-là.

1851 : la fièvre qui vida les villes en quelques jours

Tout commence par un homme qui avait échoué ailleurs. Edward Hargraves rentre bredouille de la ruée vers l'or californienne, où il n'a rien trouvé. Mais il a remarqué une chose : les collines autour de Bathurst, en Nouvelle-Galles du Sud, ressemblent furieusement aux terrains aurifères de Californie. En février 1851, il part avec un guide, une bâtée et un berceau de lavage. Il baptise l'endroit Ophir, du nom biblique de la contrée à l'or fin.

La nouvelle, publiée en mai 1851, déclenche une réaction en chaîne. Le journal de Bathurst écrit qu'« une folie mentale complète semble s'être emparée de presque chaque membre de la communauté ». Employés, banquiers, domestiques : tout le monde lâche ses outils et file vers les diggings. En quelques semaines, des centaines de chercheurs convergent, puis des milliers.

Victoria, l'État voisin, panique de voir sa population fuir vers le nord et offre à son tour une prime à qui trouvera de l'or sur son sol. Mal lui en prend : on en trouve, et en quantité prodigieuse, à Ballarat et à Bendigo. En dix ans, la population de Victoria explose, passant de moins de cent mille habitants à plus d'un demi-million. Le métal jaune venait de réinventer un continent.

Eureka : le jour où des chercheurs d'or inventèrent une démocratie

Les diggings n'étaient pas un paradis. Pour avoir le droit de creuser, chaque mineur devait acheter une licence mensuelle, chère, contrôlée par des « chasses aux mineurs » humiliantes où la police vérifiait les papiers comme on traque le gibier. On payait l'impôt, mais on n'avait pas le droit de vote : seuls les propriétaires terriens votaient. Beaucoup de diggers étaient d'anciens partisans européens des révolutions de 1848, et la colère montait.

À Ballarat, elle déborde. Le 30 novembre 1854, les mineurs prêtent serment sous un drapeau bleu frappé d'une croix d'étoiles blanches — la Croix du Sud. « Nous jurons par la Croix du Sud de nous tenir loyalement les uns aux autres et de défendre nos droits et nos libertés. » Ils élèvent une palissade de bois sur le filon d'Eureka.

À l'aube du dimanche 3 décembre, près de trois cents soldats et policiers attaquent. La palissade n'est défendue que par une poignée d'hommes, surpris un jour de repos. La bataille dure une vingtaine de minutes. Au moins vingt-deux mineurs y laissent la vie, et cinq soldats.

Et pourtant, les vaincus gagnèrent. L'opinion bascula massivement du côté des mineurs. Les rebelles jugés pour trahison furent tous acquittés. La licence honnie fut abolie, remplacée par un droit du mineur qui ouvrait aussi le droit de vote. Pour beaucoup d'Australiens, la démocratie de leur pays est née là, dans la boue d'une palissade de chercheurs d'or. Mark Twain, de passage à Ballarat, résuma : « une victoire gagnée par une bataille perdue ».

Le « Welcome Stranger » : trop gros pour la balance

Revenons à Moliagul, ce 5 février 1869. John Deason et Richard Oates, deux mineurs venus de Cornouailles qui survivaient là depuis sept ans, viennent de déterrer leur monstre. La pépite pesait, brute, près de cent dix kilos ; une fois nettoyée et fondue, on en tira plus de soixante-douze kilos d'or pur. À ce jour, aucune pépite alluviale plus grosse n'a jamais été retrouvée nulle part au monde.

Le détail savoureux est dans la pesée. À la banque de Dunolly, aucune balance ne pouvait accueillir un tel bloc. Il fallut le casser sur une enclume pour le mesurer par morceaux. Les deux hommes furent payés un peu plus de neuf mille livres — une fortune pour l'époque, plusieurs millions d'aujourd'hui.

La pépite fut baptisée « Welcome Stranger », l'« étranger bienvenu ». Elle détrôna le « Welcome Nugget », trouvé onze ans plus tôt à Ballarat, qui pesait tout de même soixante-neuf kilos. Deux géants, deux noms qui se répondent, à quelques kilomètres l'un de l'autre. Original fondu depuis longtemps, le « Welcome Stranger » ne survit qu'à travers des répliques — et à travers une vieille photographie où l'on voit les découvreurs poser, raides et fiers, autour de leur trésor.

La Perth Mint, ou l'or qui bâtit une ville

À l'autre bout du continent, l'or écrivit une autre histoire. Dans les années 1890, la découverte de filons fabuleux à Coolgardie et Kalgoorlie, en plein désert de l'Ouest, provoque la plus grande migration interne qu'ait connue l'Australie. Perth, modeste bourgade, voit affluer une marée humaine. Son premier Premier ministre, John Forrest — un colosse surnommé « Big John » — comprend que cet or peut tout changer. Il obtient de Londres l'ouverture d'une succursale de la Royal Mint britannique.

La Perth Mint ouvre ses portes le 20 juin 1899, deux ans avant même la naissance de l'Australie comme nation fédérée. Sa mission première : raffiner l'or des mines de l'Ouest et le transformer en souverains d'or, la monnaie de tout l'Empire britannique. En une trentaine d'années, elle frappa plus de cent six millions de souverains, reconnaissables à leur petit « P » discrètement gravé.

Puis vint 1931. La Grande-Bretagne abandonne l'étalon-or ; on cesse de frapper des souverains. L'atelier aurait pu mourir. Il se réinventa en raffinerie, puis en faiseur de lingots, et enfin, à la fin du XXe siècle, en l'un des plus grands producteurs de pièces d'investissement de la planète. Plus de cent vingt-cinq ans plus tard, la Perth Mint frappe toujours, dans son bâtiment d'origine devenu monument classé.

La folie des grandeurs : une pièce d'or d'une tonne

Il fallait bien que le pays des pépites géantes batte un dernier record. En 2011, la Perth Mint réussit un exploit que beaucoup jugeaient impossible : couler une pièce d'or pesant une tonne. Une seule. Environ quatre-vingts centimètres de diamètre, plus de douze d'épaisseur, en or pur à 99,99 %. En 2012, le Guinness World Records la consacra plus grosse pièce du monde, ravissant le titre à la « Big Maple Leaf » canadienne de cent kilos.

Sur une face bondit un kangourou roux ; sur l'autre figurait alors le portrait de la reine. À sa naissance, sa valeur faciale était d'un million de dollars australiens — mais l'or qu'elle contenait en valait déjà des dizaines de fois plus. Après avoir fait le tour du monde, d'Asie en Europe et aux États-Unis, le colosse est revenu à la maison : il trône aujourd'hui dans l'exposition de la Perth Mint, où les visiteurs viennent la contempler comme on contemple une relique.

Et pendant que l'on s'extasie devant ce monstre, l'aventure continue, plus modeste, dans l'outback. Car l'or australien n'est pas qu'un souvenir du XIXe siècle. Aujourd'hui encore, des prospecteurs sillonnent les anciens terrains aurifères de Victoria et de l'Ouest, détecteur de métaux au poing. Et parfois, le rêve se réalise.

Les pièces d'or australiennes à découvrir

De toute cette démesure est né un objet que vous pouvez, vous, tenir au creux de la main : le kangourou d'or de la Perth Mint. Pour les caractéristiques précises et la comparaison des prix, chaque fiche vous attend — ici, on vous donne surtout l'anecdote qui donne envie de cliquer.

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Sources