Pièces d'or du Canada

De la folie du Klondike au vol du géant de 100 kilos : l'or du Grand Nord en récits.

Fresque murale du Grand Nord : une file de chercheurs d'or gravissant le col du Chilkoot sous la neige, un sourdough barbu, une feuille d'érable géante et la silhouette d'une brouette emportant une pièce d'or colossale
Illustration BullionRadar — image générée par IA
Partager :

Tout commence un matin d'août 1896, au bord d'un ruisseau perdu du Yukon. Un nom, George Carmack, et ses deux compagnons autochtones, Skookum Jim et Tagish Charlie, retournent le gravier d'un cours d'eau qu'on appelle alors Rabbit Creek. Sous l'eau glacée, l'or affleure. Ils rebaptisent le ruisseau Bonanza. Le mot est bien choisi : ce qu'ils viennent de trouver va déclencher l'une des plus folles ruées de l'Histoire.

La nouvelle met près d'un an à franchir les glaces du fleuve. Mais quand elle éclate dans les journaux de Seattle et de San Francisco, à l'été 1897, c'est l'incendie. Une centaine de milliers de personnes plaquent tout — emploi, famille, raison — pour filer vers un coin de carte que la plupart seraient incapables de situer. On les appellera les « stampeders ». La moitié à peine atteindra le but.

Le Canada, ce n'est pas un pays d'or comme les autres. C'est une terre où le métal jaune a gelé des hommes vivants, enrichi des marchandes de bouillottes plus sûrement que des mineurs, inspiré des poètes et fabriqué la pièce d'or la plus pure du monde — avant qu'un exemplaire géant ne disparaisse de Berlin dans une simple brouette. Voici son histoire.

La ruée du Klondike : 100 000 fous, et la moitié qui n'arriva jamais

En 1897, le mot « Klondike » devient une fièvre. On ne dit pas qu'on part chercher de l'or : on dit qu'on a « la fièvre du Klondike ». Des employés de banque, des médecins, des maires démissionnent du jour au lendemain. Environ cent mille personnes prennent la route du Nord. Quarante mille seulement atteindront Dawson City. Quatre sur dix.

La raison de cette hécatombe tient en deux mots : le froid et la distance. Pour gagner les champs aurifères, il faut franchir la chaîne côtière depuis l'Alaska, puis descendre des centaines de kilomètres de rivières et de lacs gelés. La plupart passent par un sentier devenu légendaire : la piste du Chilkoot, et son ultime obstacle, le « Golden Stairs » — un escalier de 1 500 marches taillées dans la neige et la glace, grimpant trois cents mètres de dénivelé sur le dernier demi-mille.

Et là, une règle canadienne sauve des vies tout en brisant des dos. La police montée du Nord-Ouest refusait l'entrée au pays à quiconque ne transportait pas une tonne de vivres : une année entière de provisions, pour éviter la famine dans le Grand Nord. Trois cent cinquante livres de farine, cent de haricots, cent de sucre… Personne ne pouvait porter une tonne d'un coup. Il fallait donc gravir le col vingt à quarante fois, montant un sac après l'autre. Certains marchèrent près de mille cinq cents kilomètres pour acheminer leur seul attirail jusqu'au sommet.

À Dawson City, devenue en quelques mois la plus grande ville du Canada à l'ouest de Winnipeg, tout se payait au prix de l'or fou : un œuf frais valait cinq dollars, un oignon deux, le whisky quarante dollars le gallon. Et la cruelle ironie demeure : la plupart des stampeders arrivèrent à l'été 1898, près de deux ans après la découverte. Les bonnes concessions étaient prises depuis longtemps. Ils errèrent, hébétés, puis revendirent leur matériel pour payer le bateau du retour.

Ceux qui firent vraiment fortune ne creusèrent jamais

Voici le secret le mieux gardé de toutes les ruées vers l'or : la fortune ne sortit presque jamais du fond des mines. Elle sortit des poches des mineurs.

La figure qui résume tout s'appelle Belinda Mulrooney. Arrivée au Klondike au début de 1897, elle n'avait pas l'intention de creuser. Elle avait apporté une cargaison de tissu et de bouillottes en caoutchouc. Les mineurs grelottant sous la tente lui en arrachèrent les mains : ce premier chargement lui rapporta, dit-on, six cents pour cent de bénéfice. Avec ce magot, elle bâtit un relais à Grand Forks, puis un hôtel grand luxe à Dawson, le Fair View.

L'apparition de cet hôtel relève du mirage. Des stampeders épuisés, faméliques, débouchent à l'été 1898 sur un édifice de trois étages, chandeliers de cristal taillé, bar de cuivre et d'acajou, menu d'huîtres et de steak. Détail savoureux que les chroniques ont retenu : les murs intérieurs n'étaient que des cloisons de toile tendue tapissées de papier peint. Une voyageuse y dormit et qualifia l'endroit de « piège à feu éclairé à la lampe à huile ». Qu'importe : Belinda Mulrooney devint la femme la plus riche du Klondike.

Elle ne fut pas seule. Les vrais gagnants de la ruée furent les commerçants, les hôteliers, les compagnies de transport — et la ville de Seattle, qui s'enrichit en équipant les départs. La leçon, vieille comme l'or lui-même, vaut encore pour qui investit aujourd'hui : dans une ruée, mieux vaut vendre les pelles que les manier.

Le poème né dans une banque, et l'or qui inspira la littérature

Le Klondike n'a pas seulement déterré de l'or. Il a fabriqué des légendes de papier.

Un jeune employé de la Banque de Commerce du Canada, Robert Service, est muté dans une succursale du Yukon au début des années 1900. Il n'a pas fait la ruée — il arrive après la fièvre. Mais il en respire encore les fantômes. Un jour de 1904, à Whitehorse, il aperçoit sur un formulaire bancaire un nom à la sonorité parfaite : William Samuel McGee. McGee rime avec Tennessee. Service tient son personnage.

Ainsi naît « The Cremation of Sam McGee », publié en 1907, l'histoire macabre et drôle d'un prospecteur du Sud mort de froid près du lac Laberge, que son compagnon a juré de brûler. Le poème devient un classique des feux de camp nord-américains pour tout le siècle. Sa première strophe — « There are strange things done in the midnight sun / By the men who moil for gold » — est apprise par cœur dans les écoles canadiennes.

Le détail savoureux : le vrai Sam McGee a existé. C'était un constructeur de routes parti, lui aussi, tenter sa chance au Klondike en 1898. De son vivant, il vit son nom devenir immortel… et finit par croiser des urnes vendues aux touristes de Whitehorse, censées contenir « les cendres de Sam McGee ».

Et Service n'était pas seul. Jack London, futur auteur de L'Appel de la forêt et de Croc-Blanc, débarqua lui aussi à Dawson plein de rêves et en repartit les poches vides — mais le carnet plein. Le Klondike lui ruina la santé et fit sa gloire d'écrivain. C'est peut-être la plus belle alchimie de cette ruée : l'or qu'on ne trouva pas devint de la littérature qu'on n'oublia jamais.

La course à l'or le plus pur du monde

Avançons d'un siècle. L'or canadien ne se cherche plus à la battée : il se frappe à la Monnaie royale canadienne. Et là, le Canada a remporté une course que peu de gens connaissent : celle de la pureté.

L'histoire commence par un boycott. Dans les années 1970, la grande pièce d'or d'investissement du monde était sud-africaine. Mais l'apartheid lui valut un embargo dans une bonne partie de l'Occident. Un vide s'ouvrait sur le marché. En 1979, la Monnaie royale canadienne s'y engouffre avec sa propre pièce, ornée de la feuille d'érable — une pièce politiquement neutre, et surtout, bien plus pure que ses rivales.

Puis vint le coup de maître. En novembre 1982, le Canada porta sa pièce d'or à un degré de pureté que nul n'avait osé : ce que les Anglo-Saxons appellent les « four nines ». Une première mondiale pour une pièce d'investissement. Le Canada ne s'arrêta pas là : en 2007, il alla jusqu'aux « five nines », un raffinage à la limite du possible technique. La feuille d'érable était devenue le symbole de l'or quasi parfait.

Cette obsession de la perfection se prolonge aujourd'hui dans la sécurité. Depuis le milieu des années 2010, la Monnaie royale canadienne grave au laser, près de la tige de sa grande feuille d'érable, une seconde feuille microscopique — invisible à l'œil nu — portant les deux derniers chiffres de l'année. Tout autour, des lignes rayonnantes usinées au micron font scintiller la surface d'un éclat changeant selon l'angle de la lumière. Chaque empreinte est photographiée et archivée par la Monnaie, comme une empreinte digitale. Une pièce d'or qui possède son propre « ADN » : on est loin de la battée du Klondike.

Le géant de 100 kilos volé à la brouette

Pour comprendre jusqu'où va la fierté aurifère canadienne, il faut connaître l'histoire du « Big Maple Leaf ». En 2007, la Monnaie royale canadienne frappa une pièce d'or pesant cent kilos, large d'un demi-mètre. Pourquoi ? La Monnaie répondit elle-même, magnifiquement : « parce qu'on le pouvait ». À sa naissance, c'était la plus grosse pièce d'or jamais frappée, inscrite au Livre Guinness des records pour sa pureté inégalée. Cinq exemplaires seulement furent produits.

L'un d'eux fut prêté en 2010 au Bode-Museum de Berlin, qui abrite l'une des plus grandes collections de monnaies au monde. Et c'est là que survint l'un des casses les plus rocambolesques de l'époque. Dans la nuit du 27 mars 2017, des cambrioleurs longèrent les voies ferrées qui frôlent le musée, posèrent une échelle en guise de pont jusqu'à une fenêtre, brisèrent une vitrine pourtant blindée… et repartirent avec les cent kilos d'or.

Comment fait-on rouler une pièce de cent kilos ? Avec une brouette. Et une planche à roulettes. Les voleurs poussèrent le géant le long des rails, le firent basculer jusqu'à la rue où attendait une voiture, et disparurent. Le butin valait plusieurs millions. En une grosse demi-heure, ils étaient millionnaires.

La justice allemande finit par condamner plusieurs membres d'un clan familial de Berlin. Mais la pièce, elle, ne fut jamais retrouvée. Les enquêteurs découvrirent des particules d'or de pureté exceptionnelle dans des vêtements et des voitures : tout indique que le chef-d'œuvre canadien fut débité et fondu, pour disparaître à jamais dans le creuset. Le plus pur des ors finit en lingots anonymes.

Les pièces d'or canadiennes à découvrir

Du gravier de Bonanza Creek à l'ADN gravé au laser, l'or canadien a parcouru un siècle. Il se résume aujourd'hui dans une seule famille de pièces : la feuille d'érable, déclinée du format généreux au plus minuscule. Pour les caractéristiques précises et la comparaison des prix, chaque fiche vous attend — ici, on vous donne surtout une bonne raison de cliquer.

Partager :

Sources